Un député à la ferme - Eloi

Un député à la ferme

« Comme parlementaire, j’ai joué le jeu moi aussi. Je me suis tapé les grands‑messes des États généraux de l’alimentation voulus par Macron. J’ai sagement assisté aux auditions.
J’ai visité Rungis avec la Commission. Je me suis investi sur ce dossier, pas mal, les premiers mois de mon mandat. Tout en craignant qu’on se borne à un problème de plomberie : la répartition de la valeur ajoutée entre producteurs / transformateurs / distributeurs.
Soit, soit.
Mais au‑delà :
Quel contrat social voulons‑nous ?
Quel cap fixons‑nous ?
Quelle agriculture pour quelle alimentation ?
Le président, son gouvernement, n’offrent aucune réponse, aucun cap, aucun contrat social.
Le tout est laissé, comme redouté, à la force de l’inertie et des lobbies.
Avec ce livre, avec ces reportages publiés ici, je ne prétends à aucune vérité intangible, j’affiche peu de convictions arrêtées.
Au contraire, presque. Mon premier impératif est de comprendre. Comprendre d’abord, comprendre l’aviculteur breton, comprendre le marché au cadran de Plérin, comprendre les informaticiens qui s’essaient maraîchers, comprendre le producteur de porcs, et de cerises, et de vaches. Et c’est mon doute que je balade des abricotiers de la Drôme au ministère de l’Économie, des couloirs de l’Assemblée nationale aux poulets du Cameroun, de la cafète de AgroParisTech à un abattoir de poulets, des rayons de Leclerc aux terres du Burkina.
À la lumière de ce doute, me semble‑t‑il, se dessinent, sans les figer, les contours d’un nouveau cap, d’un nouveau contrat pour l’agriculture. »